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Une analyse sanguine pour les acouphènes ? Taux élevé de prestine chez les personnes concernées

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Une analyse de sang pour les acouphènes ? Une étude relève un taux élevé de prestine chez les personnes concernées

Des chercheurs ont observé des niveaux élevés de prestine, une protéine de l’oreille interne, chez les personnes souffrant d’acouphènes chroniques, une avancée vers une analyse sanguine objective.

Les acouphènes, perception de sifflements, bourdonnements ou grésillements sans source externe, touchent des millions de personnes. Malgré leur fréquence, aucun test objectif n’existe encore. Le diagnostic repose entièrement sur les déclarations des patients, ce qui complique la mesure, le suivi et l’étude.

Une nouvelle étude de l’Université du Connecticut adopte une autre approche. Au lieu de demander une description des acouphènes, les chercheurs ont prélevé du sang et mesuré des protéines issues de l’oreille interne. L’une d’elles s’est distinguée.

Titre : Taux sériques de prestine, d’otoferline, de connexine 26 et de stéréociline : approche des acouphènes par biomarqueurs

Auteurs : Patrick Adamczyk, Rachel Corsetti, Zana Preniqi, Sumeet Kadian, Noah E. Sobel, Sharmaine Wolfson, Daniel Roberts, Erika Skoe, Kourosh Parham

Affiliations: École de médecine de l’Université du Connecticut ; Département des sciences de la parole, du langage et de l’audition, Université du Connecticut ; Division d’otorhinolaryngologie et de chirurgie cervico-faciale, École de médecine de l’Université du Connecticut

Revue : Otolaryngology-Head and Neck Surgery, publié le 17 août 2026

Type d’étude : Étude observationnelle de cohorte

DOI PubMed : 10.1002/ohn.70382

Contexte : pourquoi les chercheurs ont étudié ce sujet

La cochlée, organe auditif spiralé de l’oreille interne, contient deux types de cellules sensorielles : les cellules ciliées internes, qui transmettent le son au cerveau, et les externes, qui amplifient les sons faibles et affinent l’audition. Ces dernières doivent leur capacité à la prestine, protéine motrice qui leur permet de changer de forme des milliers de fois par seconde.

Des travaux antérieurs suggèrent que la prestine peut passer dans le sang lorsque les cellules ciliées externes sont stressées ou lésées. Comme leur atteinte est depuis longtemps soupçonnée dans les acouphènes, l’équipe a supposé que les personnes concernées pourraient présenter des taux sanguins mesurablement différents.

Les chercheurs ont aussi mesuré trois autres protéines : l’otoferline, qui aide les cellules internes à libérer leurs signaux chimiques ; la connexine 26, qui soutient la chimie interne de la cochlée ; et la stéréociline, intégrée aux faisceaux ciliaires externes. Ces quatre protéines offrent un aperçu global de la santé cochléaire par simple prise de sang.

Méthode de l’étude

L’équipe a recruté 82 adultes dans un centre universitaire tertiaire : 41 souffrant d’acouphènes chroniques bilatéraux et 41 témoins sans acouphènes. Tous ont passé des tests auditifs, rempli le Tinnitus Handicap Inventory, questionnaire standard mesurant l’impact quotidien, et fourni un échantillon sanguin.

Chaque participant a aussi porté pendant une semaine un dosimètre personnel enregistrant son exposition sonore réelle. Le bruit intense pouvant à lui seul modifier la prestine, il fallait séparer l’effet des acouphènes de celui d’un travail ou mode de vie bruyant.

Les concentrations ont été mesurées par dosage immuno-enzymatique, technique standard de laboratoire. L’analyse statistique a ensuite été ajustée pour l’âge, les seuils auditifs et l’exposition quotidienne au bruit.

Résultats

La prestine sérique était significativement plus élevée dans le groupe acouphènes, avec p = 0,006. La différence persistait après contrôle de l’âge, de la perte auditive et du bruit mesuré, avec p = 0,003. L’élévation n’était donc pas un simple effet d’oreilles plus âgées ou de vies plus bruyantes.

Les trois autres protéines racontaient une autre histoire. Les taux d’otoferline, de connexine 26 et de stéréociline différaient peu entre les groupes. La connexine 26 et la stéréociline variaient cependant avec l’âge et les seuils, ce qui suggère qu’elles reflètent le vieillissement cochléaire général plutôt que les acouphènes en particulier.

Un autre schéma a retenu l’attention : prestine et stéréociline évoluaient ensemble, avec une corrélation de 0,51, plus forte dans le groupe acouphènes. Comme les deux proviennent des cellules ciliées externes, cela renforce l’idée que ces cellules amplificatrices sont impliquées.

Aucun taux protéique n’était corrélé au score du Tinnitus Handicap Inventory. Les marqueurs indiquaient la présence d’acouphènes, mais pas leur poids ressenti, rappelant que la détresse ne dépend pas uniquement de la cochlée.

Ce que cela signifie pour les personnes malentendantes

Pour les personnes concernées, cette recherche ouvre la voie à ce qui manque au domaine : une mesure biologique objective. Un marqueur validé pourrait un jour confirmer le diagnostic, suivre l’évolution du stress cochléaire et tester l’efficacité réelle de nouveaux traitements.

Les résultats renforcent aussi le lien entre acouphènes et santé des cellules ciliées externes, également touchées par les pertes liées à l’âge ou au bruit. Cela aide à comprendre pourquoi acouphènes et perte auditive coexistent souvent, et pourquoi prendre en charge l’audition fait fréquemment partie de la gestion.

Quand acouphènes et perte auditive coexistent, un son plus clair peut aider

L’étude apporte une preuve biologique que les acouphènes impliquent souvent les mêmes cellules qui soutiennent l’audition quotidienne, ce qui explique pourquoi beaucoup ont aussi du mal à suivre une conversation. Les aides auditives ne traitent ni ne guérissent les acouphènes, mais chez les personnes ayant une perte légère à modérée, un son quotidien plus clair peut les rendre moins perceptibles en redonnant au cerveau des sons réels qui lui manquaient.

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Limites de cette recherche

Cette étude observationnelle de 82 personnes dans un seul centre montre une association sans prouver que le stress des cellules externes cause les acouphènes. Tous avaient des acouphènes chroniques, bilatéraux et non pulsatiles ; les résultats ne s’étendent pas forcément aux autres types. Des facteurs non saisis peuvent aussi modifier les protéines sanguines, et les dosages restent des outils de recherche non approuvés en clinique.

L’absence de corrélation avec le handicap signifie aussi qu’un éventuel test de prestine indiquerait une implication cochléaire, non l’impact des acouphènes sur la vie. Des études multicentriques plus vastes seront nécessaires avant toute utilisation clinique.

Where This Leaves Us

Les acouphènes ont toujours été invisibles sauf pour la personne qui les vit. Cette étude suggère que cela pourrait changer : une protéine libérée par les cellules amplificatrices de l’oreille était durablement élevée chez les personnes concernées, même après prise en compte de l’âge, de l’audition et du bruit. Si la prestine est confirmée comme biomarqueur, elle offrira un repère objectif longtemps attendu pour le diagnostic et les traitements, ainsi qu’une preuve nouvelle d’une empreinte biologique mesurable.

Adamczyk P, Corsetti R, Preniqi Z, Kadian S, Sobel NE, Wolfson S, Roberts D, Skoe E, Parham K. Taux sériques de prestine, d’otoferline, de connexine 26 et de stéréociline : approche des acouphènes par biomarqueurs. Otolaryngology-Head and Neck Surgery. 2026. Retrieved from PubMed. https://doi.org/10.1002/ohn.70382

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